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Sous Terre, le Hunger Games du sol
Sonde Brad dans un tunnel de salades de l'Association SemaillesDeux sondes Brad placées au coeur des parcelles surveillent l’évolution des salades de l’association Semailles à Avignon

L’AgTech, la technologie au service de l’agriculture

Dans son rapport de 2021, la FAO note que la pandémie COVID-19 a accru les difficultés de production et de transport. De même, elle souligne les difficultés financières des consommateurs, accentuées par la pandémie. La première recommandation de la FAO est que l’agriculture mondiale doit être résiliente face aux chocs et au stress. Que les facteurs soient biophysiques ou socio-économiques. Pour cela, celle-ci doit prévenir, anticiper, absorber, s’adapter et se transformer. C’est un objectif louable qui implique que les multiples forces en présence les acceptent et se coordonnent. L’AgTech, en tant que nouvel acteur du monde agricole doit trouver sa place et contribuer à cet objectif ambitieux.

En quoi l’AgTech peut-elle aider les agriculteurs à atteindre l’objectif final de nourrir bientôt 9 milliards d’individus ?
C’est ce que nous verrons ici, avec un rappel de ce qu’est l’AgTech et ce qu’elle recouvre.

Définition de l’AgTech

Contraction des mots “agriculture” et “technologie”, l’AgTech correspond à l’utilisation de la technologie dans l’agriculture et l’élevage afin d’en améliorer le rendement, l’efficacité et la rentabilité. On l’appelle aussi parfois AgriTech. Les deux termes n’ont pas de différence de signification.

L’AgTech se nomme parfois “agriculture de précision”. L’International Society of Precision Agriculture en donne cette définition très précise :

“L’Agriculture de Précision est une stratégie de gestion qui rassemble, traite et analyse des données temporelles, spatiales et individuelles et les combine avec d’autres informations pour appuyer les décisions de gestion en fonction de la variabilité estimée pour améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources, la productivité, la qualité, la rentabilité et la durabilité de la production agricole.”

International Society of Precision Agriculture

Les multiples acteurs de l’AgTech

L’AgTech est en train de devenir une industrie en soi où l’on trouve de très nombreuses startups. On y rencontre également de nombreuses entreprises majeures de l’agriculture qui y investissent tels les laboratoires de produits phytosanitaires comme Bayer ou les fabricants de machines agricoles comme John Deere. De même, des entreprises privées ou publiques, très éloignées de l’agriculture développent des programmes spécifiques. Notamment, on peut citer les différents opérateurs télécoms qui développent les réseaux dans les parcelles, ou le CNES pour la cartographie.

Les secteurs d’intervention de l’AgTech

L’AgTech intervient dans tous les secteurs de l’agriculture. De la production à la livraison, en passant par les semences ou le stockage. Majoritairement, les systèmes AgTech sont des aides à la gestion, un monitoring et une surveillance des exploitations, que ce soit dans le sol, l’air, les cultures ou les infrastructures. Tous les acteurs spécialisés ont besoin de précision pour rationaliser leur partie spécifique.

Les solutions AgTech sont passées d’un appui technique aux agriculteurs, c’est-à-dire d’un accompagnement dans leurs problématiques quotidiennes, à une aide plus globale. Dorénavant, cette aide commence à être un véritable accompagnement vers une pratique plus écologique (séquestration du carbone, intrants, préservation de l’eau, etc.)

Quel est la taille du secteur AgTech ?

Avant d’entrer dans le détail de l’AgTech, intéressons-nous aux chiffres du marché.

La production agricole européenne générait 418 milliards d’euros en 2019. En parallèle, l’AgTech est en pleine expansion car elle répond à un besoin croissant de rationalisation du travail.

Dans le monde, l’agriculture de précision pesait 5,5 milliards de dollars en 2019 et les analystes prévoient qu’elle atteindra 12.84 milliards en 2026.

Des subventions publiques…

Il est à noter qu’il s’agit d’un marché très subventionné. Tant au niveau des fabricants que des agriculteurs. Les différents gouvernements et institutions agricoles ont bien compris que la digitalisation d’un secteur en pleine restructuration ne se ferait pas sans une aide financière. L’entité FranceAgriMer, par exemple, propose des subventions pour que les agriculteurs s’équipent d’outils de lutte contre le gel au titre du Plan de Relance Agriculture.

Du côté des fabricants, beaucoup de solutions AgTech reçoivent des prêts ou subventions publiques.

Et des investissements privés

L’investissement privé est également très friand des startups AgriTech. Florian Breton, fondateur de MiiMOSA et co-fondateur de l’association La Ferme Digitale, déclare en février 2022 :

“Il n’y a pas un fonds [d’investissement] avec lequel j’échange, qui soit généraliste ou à impact, qui ne parle pas de leur ambition d’investissement dans l’agriculture”.

Le secteur AgriTech en France représente 2% des levées de fonds totales. Il est de 10 % en Europe, 50 % aux Etats-et 50% pour l’Asie. L’investissement en France a atteint 500 millions d’Euros. Les Startups Britanniques, quant à elles, ont déjà reçu 1 milliard. La France est clairement en retard sur l’investissement privé alors qu’elle bénéficie déjà d’un très large écosystème novateur. Pour subsister, ces entreprises ont besoin d’un accompagnement par les pouvoirs publics et d’une aide au financement pour démarrer. L’AgTech nécessite des efforts en recherche et développement conséquents qui sont difficilement auto-finançables au départ.

Pourquoi un tel essor de l’agriculture de précision ?

Après la mécanisation des années 50 et l’arrivée des produits phytosanitaires qui sont considérées comme les deux premières révolutions agricoles, c’est cette fois le secteur de l’informatique qui aide le monde paysan à opérer une transformation majeure. Les motivations de cette dernière révolution sont les mêmes :

  • besoin de nourrir une population grandissante,
  • palier la disparition de terres agricoles,
  • substituer la technologie aux ressources humaines qui s’amenuisent,

A ces raisons historiques, notre époque ajoute des motivations légales, commerciales et environnementales :

  • réduire l’utilisation des intrants,
  • maîtriser la consommation d’eau,
  • être en conformité avec les exigences des labels,
  • assurer le retour d’une certaine souveraineté.

Le besoin de produire plus et mieux à des tarifs qui permettent à tous les acteurs de vivre est donc plus prégnant que jamais. Car il faut désormais nourrir une population mondiale qui explose et qui, pour beaucoup, souffre de faibles moyens financiers. Tout ceci sans pour autant que le nombre de terres disponibles et de ressources humaines suivent. L’étalement urbain réduit les surfaces et les difficultés à vivre décemment du travail agricole n’incitent pas les jeunes générations à choisir l’agriculture comme moyen de subsistance.

A ce besoin de production soutenu, s’ajoutent dorénavant le souci écologique et les différentes normes. Comment faire pour produire plus sans continuer à lessiver les sols, utiliser moins d’intrants et d’eau ? Et, dans le même temps, répondre aux labels politiques et commerciaux ?

C’est à toutes ces problématiques que l’AgTech tente d’apporter des solutions.

Depuis la nuit des temps, les agriculteurs se sont beaucoup appuyés sur leur ressenti et leur expérience et peu sur des mesures précises. En termes de données scientifiques utilisées, on peut néanmoins inclure les prévisions météorologiques. Qui ne restent que des prévisions et sont donc sujettes à erreur.

L’AgTech apporte énormément de connaissances. Elle aide à rationaliser le travail agricole en fournissant des données qui seront analysées et serviront de base à une prise de décision.

Les outils et les données de l’agriculture de précision

Les outils et technologies utilisés par l’agriculture de précision sont multiples et protéiformes : Big Data, sondes connectées, robotique, Outils d’Aide à la Décision, blockchain, intelligence artificielle, 5G et réseaux télécom à basse consommation, drones, satellites, etc.

Caractéristiques de la sonde agricole Brad Technology

La sonde connectée Brad et les données collectées

Tous ces outils sont interdépendants et n’ont en réalité qu’un seul but : optimiser le travail et les rendements agricole. Ils vont donc collecter et produire de la donnée, l’analyser, la sécuriser, la transmettre et permettre au final de rationaliser l’agriculture. La donnée agricole, ou AgriData, est l’élément clé de l’agriculture de précision.

L’AgriData

Les données agricoles peuvent avoir de multiples formes :

  • mesures scientifiques (humidité, pluviométrie, température du sol ou de l’air, etc.),
  • photographies (plantes, arbres, parcelles pour en déterminer l’évolution ou la santé),
  • vidéos (pour reconnaitre un type d’insectes et prévenir une invasion par exemple).

Différents appareils collectent ces données. Ils se situent au plus près de l’exploitation ou au contraire à des centaines de kilomètres : capteurs souterrains, sondes, drones ou satellites.

Toutes les institutions publiques ont bien compris que la donnée était le nerf de la guerre et que, sur elle, reposent des gains de toute sorte et la possibilité d’en tirer des enseignements. En 2021, suite au rapport Botherel intitulé “La politique publique de la donnée, des algorithmes et des codes sources”, le gouvernement français a établi qu’un référent données sera présent dans certaines structures de l’État. Ce référent devra identifier quelles données peuvent potentiellement présenter un intérêt et être réutilisées, de manière compilées ou brutes, pour les autres entités publiques, les industriels ou les associations.

Où il est question de souveraineté

A la suite de ce rapport, le Premier ministre a bien compris que le partage et l’ouverture des données étaient un enjeu économique, démocratique et administratif et qu’ils contribuent aussi à l’indépendance économique et numérique de la France et de l’Europe.

Les données agricoles font bien évidement partie des premiers jeux de données à être ouverts. Certains le sont déjà et bien d’autres suivront. On peut également y ajouter les données inhérentes à l’écologie, qui bien que présentées séparément, ont tout intérêt à être intégrées avec les données agricoles, vu la convergence des sujets.

Il est certain que la peur de perte de souveraineté au profit des GAFAM, des BATX et des “puissances étrangères” pousse les institutions tant françaises qu’européennes à agir en amont. Les lois européennes imposent un cadre sur le traitement des données, notamment le RGPD, bien plus contraignant que la plupart des pays dont ces entreprises sont issues.

Adoption des outils

Les agriculteurs ont souvent la réputation d’être assez traditionalistes en termes d’adoption des nouvelles technologies. Cette acception est très discutable. Les agriculteurs possèdent de plus en plus de diplômes et travaillent avec des machines de plus en plus sophistiquées. Ils lisent régulièrement de la littérature scientifique et technique que ce soit en rapport direct avec l’agriculture ou pour comprendre de nouveaux produits ou pratiques.

Partant de ce constat, l’adoption des outils de l’agriculture de précision devrait a priori se faire assez naturellement. La facilité d’acquisition, de prise en main et de retour sur investissement évoluent chaque jour et devrait aider. Lors de la 6e conférence internationale sur les technologies et la communication en agriculture, une équipe de chercheurs italiens a identifié les facteurs pris en compte pour adopter des outils AgTech. Le schéma ci-dessous résume tous les éléments.

Comme illustré ici, les facteurs qui impliquent une adoption sont nombreux et variés.

Rentabilité et facilité d’utilisation

Le facteur financier peut être évacué assez rapidement. Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’AgTech bénéficie de subventions publiques. Pour la plupart des technologies d’agriculture de précision, les coûts sont assez réduits par rapport aux investissements agricoles traditionnels. Le coût d’acquisition supporté par l’agriculteur sera au final assez faible. A noter que ce coût sera normalement absorbé par les économies ou augmentations de revenus induites par l’utilisation du matériel AgTech acquis.

De plus, il faut que la valeur perçue soit conséquente. L’AgTech nécessite souvent un changement dans la façon de travailler au quotidien, et même si elle souvent sensée faire gagner du temps, elle implique une nouvelle façon de penser et une nouvelle occupation du temps. Néanmoins, l’AgTech doit être la moins intrusive possible et être facilement intégrable dans le travail quotidien. Ses bénéfices doivent être clairement identifiables.

L’interopérabilité, le facteur clé de réussite

L’interopérabilité est la capacité de différents éléments à communiquer et interagir les uns avec les autres. C’est le parent pauvre de l’AgTech où chaque acteur essaie d’imposer son standard dans un secteur naissant et de garder les données pour lui-même.

Néanmoins, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que c’est le passage obligé pour que l’adoption des technologies AgTech soit massive.

Si les différents industriels et startups ne se mettent pas d’accord sur des standards d’interopérabilité, notamment au niveau des formats de données, leur technologie restera isolée et perdra une grande partie de sa valeur.

L’interopérablité vue de France

Dans son rapport de 2020, l’administration française parle, de la nécessité de créer 8 “hubs” qui permettront l’interopérabilité par secteur. Le hub dédié à l’agriculture se nomme AgDataHub, présenté comme “Opérateur européen de plateformes de consentements et d’échanges de données”.

Ce hub regroupe le réseau des instituts techniques agricoles (ACTA), les Chambres d’Agriculture (APCA) et le GEVES, ainsi qu’une quinzaine de sociétés privées qui comptent au capital de API-AGRO SAS, sa maison-mère. Il s’agit là d’un hub de partage de données et non de standards logiciels ou architecturaux.

Le projet européen DEMETER

Le projet H2020 DEMETER, piloté par l’Union Européenne, est un déploiement à grande échelle de plateformes agricoles intelligentes et interopérables basées sur l’IoT (Internet des objets) et pilotées par les agriculteurs. Il consiste en une série de 20 pilotes dans 18 pays. Impliquant 60 partenaires, DEMETER adopte une approche multi-acteurs avec 25 sites de déploiement, 6 000 agriculteurs et plus de 38 000 appareils et capteurs déployés.

L’interopérablité, une histoire de neutralité ? Les ONG s’y intéressent.

On ne peut parler d’ouverture et d’interopérabilité sans citer l’initiative AgStack de la Linux Foundation.

La fondation derrière le système d’exploitation Open Source Linux a surpris tout le monde. Autant le secteur agricole que les aficionados de l’OS en lançant cette initiative. Que vient faire cette ONG informatique dans le monde agricole ? La réponse est simple. Il existe une véritable philosophie de partage et de communauté derrière l’écosystème Open Source.

Cette initiative propose justement des standards tant au niveau des outils que des protocoles et des langages. Des outils et standards testés, sécurisés et interopérables. Tout ceci, afin de palier le manque d’échanges et de fiabilité de certains systèmes actuels.

Lire notre article complet sur l’initiative AgStack

AgTech et écologie, un antagonisme avéré ?

Alors que l’agriculture n’a jamais autant intégré de pratiques écologiques, comment l’AgTech peut-elle aider à accélérer le mouvement ?

Pour faire simple, ces éléments ne sont pas incompatibles. A l’inverse, mieux connaître son environnement agricole, ses risques et ses opportunités peuvent amener à revoir ses pratiques ou en intégrer de nouvelles. Et, conséquemment, à en mesurer les résultats. De sorte que la biodiversité, la régénération des sols, les teneurs en carbone et azote, les besoins en irrigation, la limitation des intrants, tout cela peut se mesurer grâce aux données fournies par l’AgTech.

L’AgTech fait déjà partie du quotidien d’un nombre conséquent d’agriculteurs. Comme nous l’avions vu pour les plateformes d’entraide, les agriculteurs se sont toujours saisis des opportunités technologiques afin d’améliorer leur exploitation. Par conséquence, il commence à en être de même pour l’AgTech.

Chez Brad, nous avons déjà pu voir que la plupart de nos pionniers sont très au fait des techniques vertueuses. Ils testent régulièrement des pratiques : ACS, enherbement, couvert végétal, etc. C’est probablement aussi la raison pour laquelle ils testent notre solution. Tout ce qui peut les aider dans une démarche d’amélioration est évaluée.

En conclusion

L’AgTech a été créée pour aider les agriculteurs dans leur quotidien à répondre aux besoins tant productifs qu’écologiques. Les récents événements météorologiques ou géopolitiques sont l’occasion pour certains de leurs opposants de remettre en cause des principes de la nouvelles Politique agricole commune ou les initiatives comme 4pour1000 et FarmtoFork qui visent à promouvoir des pratiques moins intensives et plus durables. Souhaitons que les apports présents et futurs de l’AgTech permettent de sécuriser et les bonnes pratiques et les objectifs écologiques tout en assurant une production suffisante dans un contexte mondial trouble.

Sources :

https://www.statista.com/statistics/721921/forecasted-market-value-of-precision-farming-worldwide/ Statista – 2021

FAO. 2021. The State of Food and Agriculture 2021. Making agrifood systems more resilient to shocks and stresses. Rome, FAO – 2021

https://www.aspexit.com/agriculture-numerique-prenons-nous-vraiment-la-bonne-direction/ Aspexit – 2021

https://www.ispag.org/about/definition International Society of Precision Agriculture

Drivers of Precision Agriculture Technologies Adoption: A Literature Review – Procedia Technology, ISSN : 2212-0173, Vol : 8, Pages : 61-69 – 2013

Rapport “Bothorel” pour une politique publique de la données, des algorithmes et des codes sources – Téléchargement (PDF – 5.04 Mo)

Interview de Florian Breton, fondateur de MiiMOSA et co-fondateur de La Ferme Digitale – Maddyness – Février 2022

https://medium.com/xangevc/le-mapping-des-startups-agritech-en-france-%C3%A9dition-2021-ca661fdda1ef – Medium.com

https://studymapper.fr/news/lagritech-cest-quoi/ Studdymapper

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À propos de l'auteur : Christophe Chervy

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